FRANCOIS-HENRI AUX ETOILES LIVE REPORT

Paris, le 9 décembre, le temps est très froid et pluvieux. Mais malgré cette météo repoussante, je suis très motivée pour aller voir chanter François-Henri aux Etoiles pour son premier concert parisien en tête d’affiche. L’artiste a fait monter le curseur très haut, il a envie de rencontrer son nouveau public, qu’il a à peine effleuré au moment de l’émission The Artist. Très présent sur les réseaux sociaux, en particulier sur Instagram, il a souvent exprimé son envie de dialoguer avec son public. Il a d’ailleurs partagé les répétitions et quelques images de son studio. Le point d’orgue a été de dévoiler la pochette de l’album « Nouvelle Ville », jusque-là disponible en streaming, en une version album vinyle à l’occasion de ce concert. Le disque est de couleur blanche comme son costume de scène, qu’il promet de dédicacer après son concert.  J’avais déjà partagé tout le bien que je pense de cet artiste, de sa musique dans cet article (A LIRE ICI) et franchement l’épreuve du live me semblait très importante. Mes attentes étaient de voir François-Henri dans l’énergie, le partage, de ne pas rester vissé à son piano et de découvrir sa vraie personnalité derrière l’image un peu lisse qu’il peut projeter. Puis, c’est aussi la promesse de redécouvrir ses chansons arrangées spécialement pour la scène, avec peut être des invités ou écouter de nouvelles chansons.

Quand j’arrive aux Etoiles, je suis en avance. La salle est un peu vide, le merch est déjà prêt et j’en profite pour me procurer cet album vinyle dont il a tant parlé. Le public arrive au fur et à mesure dans la salle. C’est plutôt un public jeune, de trentenaires, et par ci- par là, quelques personnes plus seniors. Il y a ausii le public fait d’amis et de la famille de François-Henri venus soutenir en force l’artiste, mais aussi un public de fans, et du milieu de la musique comme Didier Varrod (qui l’a déniché, et qui est devenu Artiste France Bleu « Révélation 2020/2021), des artistes de l’émission The Artist. Ce public très diversifié est plutôt bon signe.

La scène tombe dans le noir vers 20h45 avec l’arrivée de la première partie, Leslie Medina. Elle est comédienne et a été révélée dans plusieurs téléfilms, et le film Camping 3 et Mon Poussin. Elle ajoute une nouvelle cordeà son arc en tant qu’interprète. C’est une artiste que je découvre pour la première fois sur scène, je comprends aussi que c’est la même chose pour elle sur cette scène parisienne  des Etoiles.

Elle vient chanter et dévoiler les compositions de son premier EP « Bon courage » qui sera publié le 28 janvier 2022. Elle est accompagnée d’une instrumentiste, Alix (guitare  basse et claviers). Elle démarre par la chanson « Sous Emprise », une chanson très rythmée, très Dance,  alors que le texte est plutôt grave, parle d’une femme sous emprise. Elle est vêtue tout de rouge imprimée, façon vintage, d’un haut court, et d’une mini jupe qui met en valeur son physique de jeune femme. La voix est jolie, un peu cassée, dans une tonalité grave,  et très agréable à écouter. Son background d’actrice est un atout, qui lui permet d’être assez à l’aise sur scène, elle s’exprime avec sincérité sur la voix musicale qu’elle a choisi et présente ses chansons de façon argumentée et cohérente avec son parcours personnel. La  prestation scénique est  plutôt très convaincante. Le titre « Encore Heureux » par sa belle mélodie et son texte m’a bien plu. Elle chante également un titre inédit « T’iras Où » (dont elle ne sait pas si il figurera sur l’album) , et  qui traite  du manque de confiance en soi (dont pourtant elle ne semble pas manquer).

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Tout comme le premier titre, c’est assez dansant avec un texte sur la fragilité. Ses fans sont venus en nombre et reprennent ses chansons depuis la fosse. La chanson « Venise » qui est déjà publiée en single, parle sur le devenir  d’une relation amoureuse qui s’étire en parallèle de ce voyage désiré à Venise sous les eaux. Ce  titre aux claviers m’interpelle un peu plus car il me semble plus authentique, personnel et sensible. La chanson « Matrie » est orientée plutôt sur le mouvement récent de la libération de la parole des femmes avec #metoo et l’espoir affirmé que la place des femmes soit différente et en avant. Le titre « Matrie » est la version féminisée de la Patrie et de ses enfants qu’elle divise en genres. Le titre me semble très percutant et visionnaire. La dernière chanson « Amours imaginaires » qui sera son prochain single, développe l’idée d’amour très virtuel où elle décide des plaisirs qu’elle y trouve. C’est plutôt osé et original. Leslie Medina est une jeune et jolie femme qui met en avant ses valeurs féminines et féministes à la fois, qui parle d’amours fragiles tantôt mélancoliques et tantôt énergiques. Il faut dépasser la posture esthétique de cette chanteuse en devenir et accorder une vraie écoute d’un futur premier EP qui s’annonce très prometteur, tout comme sa performance live aux Etoiles. J’espère que 2022 verra l’éclosion de cette superbe chanteuse au talent affirmé.

Après cette première partie très joyeuse, dansante et rempli de bienveillance, c’est au tour de François-Henri  de monter sur la scène des Etoiles. Le concert affiche complet (avec une capacité de 500 personnes).  Il arrive par le côté de la scène et vêtu d’un costume blanc, celui de son disque, arborant un immense sourire, les bras levés, il salue la foule. Il est accueilli par un public hyper chaleureux et qui le porte déjà telle une rock star. Beaucoup de bruit, de personnes qui crient son nom, des applaudissements très nourris, il est déjà ovationné alors qu’il n’a même pas encore chanté. La soirée promet donc d’être festive et intense avec ce super accueil. François-Henri   prends le temps de saluer son public comme sur scène de théâtre, puis s’installe directement derrière son piano blanc.

Nous avons droit à une superbe intro instrumentale au piano sous de très belles lumières, avant qu’il interprète le premier titre « Nos Initiales ». Pas de réelle surprise, c’est le François-Henri  qu’on connait à son piano, bien droit, les mains glissant sur cet instrument qui a changé sa vie. Il est incroyablement très à l’aise, je ne perçois presque aucun trac, et la volonté d’interpréter ses chansons différemment qu’en studio. Je suis assez subjuguée non seulement par la chanson mais aussi cette sérénité qu’il arrive à transmettre. Il enchaîne avec la chanson « Parler à Personne ». Visiblement, cette chanson est un déclencheur. Ce single interprété à la TV a visiblement fait des émules. Certaines personnes devant la scène reprennent la chanson à tue-tête, encouragé par François-Henri   lors du refrain. La soirée est vraiment lancée. Pour moi, c’est un peu perturbant dès les premières chansons de voir un public si impliqué. J’ai souvent l’habitude de voir en concert le public rentrer tout doucement en communion avec l’artiste. Ici c’est loin d’être le cas, comme si il avait été attendu avec beaucoup de ferveur. Sous les vivats, François-Henri   termine son premier titre. Il se lève et dialogue immédiatement pour nous proposer une nouvelle chanson, debout sur scène.

Je suis à la fois contente et soulagée de le voir ainsi face au public, très en demande de l’artiste et de le voir lui très heureux de ce partage, sans l’intermédiation constante de son instrument. Visiblement, cette fois-ci, le trac est là, car il se reprend à deux fois avant de démarrer la chanson tout en demandant si nous allons bien. Cette nouvelle chanson s’appelle « La Belle et la Fête », clin d’œil au conte version 2021. C’est une chanson dansante avec laquelle François-Henri  découvre ses talents de danseur avec une petite chorégraphie improvisée sur cette chanson. Il avait expliqué en interview qu’il adorait danser, et visiblement c’est le cas. Il est très à l’aise sur scène pour tournoyer et faire quelques pas de danse. La chanson est une histoire d’amour sans issue mais qu’il transmet sur un air de fête. D’ailleurs,  il danse jusque devant piano avant de la terminer sur le clavier ; cette chanson est vraiment chouette, avec un côté chanson d’été, que j’imagine très bien sur son prochain futur  album.

Pas de temps de morts sur ce concert, François-Henri  s’installe à son piano et égrène les notes d’un air bien connu avant de lancer « Je commence par la mélodie, comme ça vous la reconnaissez». Et blagueur, il rétorque « Jul ». Rires.  C’est le moment de la reprise. François-Henri  avait demandé sur les réseaux sociaux quel titre son public souhaitait voir reprendre sur scène. Il y a eu beaucoup de retours et des propositions très variées et l’une d’elle était la chanson de Johnny Hallyday (composé à l’époque par Michel Berger, coïncidence, je ne crois pas !) « On a tous quelque chose de Tennessee ».

C’est le délire dans le public qui reconnait instantanément la chanson, et c’est aussi un des moments forts du concert. François-Henri  n’est jamais aussi bon que lorsqu’il reprend des chansons qui ont bercé son adolescence, qui le touche et qu’il souhaite rendre hommage aux artistes qu’il a écouté plus jeune. Cela semble être le cas pour cette reprise. Cette version piano-voix le trouble au point qu’il stresse sur une des paroles ; C’est tellement beau et fragile que le public le ressent et chante encore plus fort le refrain. C’est vraiment un bel  hommage rendu à Johnny Hallyday qui a disparu depuis maintenant 4 ans. Cette chanson a un vrai pouvoir sur le public, qui n’arrête pas de chanter en même temps que François-Henri. C’est un moment de communion intense, de partage émotionnel palpable, entre toutes les générations présentes au concert.

Après de beaux applaudissements, François-Henri invite Leslie Medina (qui a assuré sa première partie) pour un duo su scène. Elle s’avance avec une petite robe blanche imprimée (raccord avec son costume) et des bottes noires. On la sent intimidée et fière à la fois de ce partage inédit. Mariage improbable de leurs voix autour du piano qui fonctionne pourtant à merveille. Cette première invitée sur scène en annonce bien d’autres, telles des surprises bien gardées. Mais auparavant, François-Henri continue sur la lancée des chansons calmes, avec 2 titres que j’aime particulièrement sur l’album. Tout d’abord, « Nuit Blanche », une chanson un peu périlleuse dans son répertoire, quand on connait l’histoire que cause cette nuit particulière. Moments suspendus, d’une incroyable fragilité, de sentiments mélancoliques et tristes à la fois mais avec beaucoup de pudeur. Pour une fois, le public se calme à point nommé percevant l’émotion de François-Henri. La voix tremble de façon imperceptible tout le long de la chanson. J’avoue avoir été secoué à ce moment du concert, d’autant plus qu’elle évoque la nuit de Décembre où a lieu cet évènement tragique. Un moment de gravité dans ce concert plutôt joyeux depuis le début et la demande de François-Henri qui demande l’aide du public pour terminer la chanson avec lui en dit beaucoup sur son état d’esprit. Ce côté sensible de François-Henri touche beaucoup.

Pour éviter de  tomber dans la dépression après cette chanson bouleversante, François Henri lance les hostilités avec sa chanson phare « Bombay Sapphire ». Elle est terrible cette chanson, car tout le monde la connait par coeur et la chante. Au piano, elle est porté par lui comme un porte-voix, une sorte de bannière style « We are the Champions » à la sauce François-Henri ! Cette alerte à la Bombay Sapphire, c’est vraiment très hot et le public se déchaine sur ce titre. Quand on l’entend en streaming, on se doute de son potentiel en live. Mais sur la scène des Etoiles, cette chanson se revèle être une bombe musicale, il le vivre pour le croire…. C’est ici l’autre moment clé de ce concert qui livre bien des surprises. Il se lève et se penche sur la scène pour haranguer le public sur le refrain. La légende de l’homme au piano debout comme l’était un certain Elton John prend absolument tout son sens. François-Henri se déchaine sur les touches blanches et noires, debout avec des lumières incandescentes sur lui et son piano. C’est un moment paroxystique qu’un artiste et son public recherchent et vivent sans limite aucune.

Ce concert est un ascenseur émotionnel, sans temps morts avec François-Henri qui maintient une énergie en scène sans faille. En parlant d’ascenseur, c’est le nom du prochain titre, un nouvel inédit (on est vraiment gâtés ce soir),  interprété à nouveau debout face au public. François-Henri chanteur jusqu’au bout, assumé comme tel, qui bouge comme personne, avec une choré toute personnelle où tous ses membres participent, les mains en l’air,  jambes comprises, tout bouge. Il vit ses chansons pleinement et ça fait plaisir autant à voir qu’à écouter. Une chanson qui parle de panne d’inspiration plutôt mal vécue, ultra rythmée et bien sur avec la mélodie qui va bien au piano, mais pas que. Il se penche vers la fosse et fait monter sur scène le chanteur Dani Terreur qui se saisit d’une guitare électrique pour nous délivrer un solo de guitare épique. Les lumières qui explosent sur scène, un Dani Terreur en transe sur sa guitare aux côtés de François-Henri sur son piano, c’est assez improbable  mais ça  fonctionne vraiment bien voire très incroyable à vivre.

C’est varié, c’est fougueux, ça donne la pêche, et je commence à me dire que tout ce concert a tellement été pensé comme une bombe scénique où l’ennui ne devait pas avoir sa place.

Nouvelle illustration avec l’artiste, Fils Cara, transfuge de l’émission The Artist et rappeur de première, qui rejoint François-Henri sur la scène pour une version particulière de  la chanson « Nouvelle Ville ».

« Nouvelle Ville » est à mon avis LA chanson de l’album qui est la plus percutante en termes de mélodie, de rythme et de story telling. J’avoue l’avoir passé en boucle pendant très longtemps au point de connaitre les mots par cœur. J’imagine que c’est le cas du public qui reprend de la même manière cette chanson très influencée Michel Berger au niveau mélodique. Toujours face au public, François-Henri n’a pas vraiment besoin de demander au public de chanter, car il le fait très naturellement avec ce tube. Au moment du refrain, toute la salle des Etoiles reprend à tue-tête et hurle beaucoup plus qu’il ne chante. Cette belle communion autour de « Nouvelle ville » est très plaisant à voir. Au milieu de la chanson, il se lève et on voit qu’il prend un super pied avec le public qui crie comme des fous. Il joue du piano debout  (vous avez la référence France Gall ?!) aussi comme un dingue, et déchaine le public. J’ai le cœur au bord de l’explosion tellement c’est intense. L’ascenseur émotionnel est au maximum, bien au-delà de la scène des Etoiles.

Fils-Cara et François-Henri

Pour bien achever d’enfoncer le clou, Fils-Cara vêtu d’un pull-over rouge du plus bel effet, monte sur scène et délivre une performance haute en couleurs sur la chanson « Nouvelle Ville » revisitée pour la circonstance. C’est inattendu, couillu et finalement ce remix version rap est vraiment excellent.

La fin du concert approche et c’est le moment où François-Henri remercie tous les gens, qui l’ont accompagné sur le parcours de cet album, son manager Baptiste, son producteur Marlon B, son attachée de presse Alice Casenave,  les équipes d’Auguri, d’ELP, la team Idol, Nagui et Leila de The Artist, bien sûr, et sa famille proche et sa femme sous les vivats de la foule.

Il manque tout de même une chanson, « Gibraltar », qui ferme la marche du concert. Il déclame « L’amour est mis à mort ce soir », sous la lumière rouge des Etoiles, donnant  une ambiance très spéciale, comme dans une scène tragique. François-Henri est très théatral dans ses gestes et le public reprend la chanson comme un seul homme pendant tout le concert. Le seul point qui m’a gêné est de ne pouvoir entendre la nuance des arrangements parmi le brouhaha, et d’un point de vue acoustique, certains sons étaient parfois inaudibles car saturés.

Cela n’a pas empêché François-Henri de bouder son plaisir et de descendre dans la fosse pour prendre un bain de foule bien mérité. A la fin de la chanson, un petit moment particulier très touchant avec une de ses plus jeunes fans, une petite fille qui n’a pas décollé son regard de la scène et qui est monté aux côtés de François Henri pour chanter quelques paroles de la chanson. C’était très mignon et j’imagine qu’elle a dû vivre intensément ce moment magique et surprenant. Elle a d’ailleurs  été très applaudie.

Le concert se termine avec un rappel mémorable sur la chanson «  Bombay Sapphire » en piano voix, où l’on sent que François-Henri lâche tous les chevaux et toute l’énergie dont il est  encore capable pour terminer en beauté. Les jeux de lumières sont vraiment incroyables pour ce rappel.

Il est difficile de résumer ce concert tellement il a été riche, avec une générosité musicale et scénique de la part de François-Henri qui ne s’est jamais démentie. Comme dirait l’expression, il a tout donné sur scène, il a vécu ce partage avec le public de façon époustouflante sans laisser une miette d’ennui s’installer. Enfin, et surtout, sa performance est à l’opposé de l’image tranquille et lisse de la cover rose bonbon de l’album. François-Henri est plus qu’un chanteur, un pianiste, un artiste bouillonnant : il a démontré ce soir qu’il était un vrai performer de la scène, embrassant tout l’amour du public pour mieux le lui donner.

Retrouver François-Henri sur les réseaux sociaux : InstagramFacebookYoutube

L’album « Nouvelle Ville » est disponible et en téléchargement sur Bandcamp.

Photos du concert à visionner ci-dessous (Copyright Astrid Souvray / Pirouettes Sonores – Tous droits réservés)

LA PLAYLIST DU MOMENT

La playlist du moment se veut curieuse, écclectique, sortant à la fois des sentiers battus mais aussi rassurante, comme pour se protéger des nouvelles du monde qui ne le sont pas. A l’heure où nous entrons doucement mais surement dans les temps hivernaux, et pour combattre le froid, j’ai voulu que cette playlist soit réconfortante comme le ferait un bon chocolat chaud auprès d’un feu de cheminée mais également surprenante et que la découverte soit au rendez-vous.

Je vous souhaite une bonne écoute !

Liste des Artistes de la Playlist Hiver :

  • La Chica – 3 & Hoy / Album ‘La Loba‘ disponible
  • Louis-Jean Cormier – Les lignes de ta main / Album ‘Le Ciel est au plancher’ disponible
  • Laura Perrudin – Light Players / Album ‘Perspectives & Avatars‘ disponible
  • Julien Doré feat Eddy de Pretto – Larme Fatale / Album ‘Aimée encore‘ réédition de l’album disponible le 26 novembre 2021
  • David Linx feat. Tigran Hamasyan – Round Midnight / Album ‘Be My Guest – The Duos Project’ disponible le 12 Novembre 2021
  • Cat Power – Bad Religion / Album ‘Covers‘ disponible le 14 Janvier 2022
  • Dominique Fils-Aimé – Mind Made Up / Album ‘Three Little Words’ disponible
  • Gunwood – Ye Jacobites by Name (traditionnel irlandais) / Album ‘Dream Boat Jane‘ disponible en Février 2022
  • Queen – Bohemian Rhapsody / Album ‘The Night at the Opera‘ disponible. Le titre est sorti il y a 46 ans et c’est bientôt la date anniversaire de la disparition de Freddie Mercury il y a 30 ans le 24 novembre prochain.
  • Adèle – Easy on Me / Album ‘Adele 30‘ disponible le 19 Novembe 2021
  • Gabi Hartmannn – I’ll Tell You Something (Live version) / Album ‘Always Seem to Get Things Wrong‘ disponible
  • Guilhem Valayé –  I have never loved someone (reprise de My Brightest Diamond) / Album à venir en 2022

CLARA MALATERRE A LA MANUFACTURE CHANSON (LIVE REPORT)

Après avoir écouté le nouvel EP « Points Cardinaux » de Clara Malaterre ces dernières semaines, comme je me l’étais promis,  je me suis rendue à la Manufacture Chanson à Paris le 8 octobre dernier pour assister à la release party de son album 5 titres. Découvrir les chansons d’un artiste sur scène est important. C’est là que l’artiste délivre ce qu’il est réellement au-delà de la production discographique qui peut gommer parfois les aspérités nécessaires à la découverte de sa démarche artistique. Le seul endroit où leurs mots, leurs notes, leur propre expression deviennent justes est donc en live.

 La Manufacture Chanson, située dans le quartier du Père Lachaise à Paris est une vraie Maison d’Artistes. Depuis 1983, leur ambition est de proposer un lieu dédié à la chanson. La chanson sous toutes ses formes, quelle que soit son origine, sa langue ou son style. Ce lieu a accompagné de nombreux artistes de chanson française, qui  s’y rencontrent, y cultivent leur créativité, partagent leur passion et développent leurs savoirs. C’est d’ailleurs ce lieu qui produit le concert de ce soir, sous la houlette du maître des lieux, Stéphane Riva  et dans lequel Clara Malaterre a fait une résidence de 3 jours pour développer son projet scénique en particulier.

Ce lieu intimiste accueille une cinquantaine de personnes, et le concert de ce soir affiche complet. C’est un public très large qui va de 5 à 77 ans, composé de curieux comme moi, de sa famille et d’amis qui sont venus soutenir la jeune artiste. C’est la première fois que Clara Malaterre se produit en trio pour présenter ce nouvel EP Points Cardinaux. Elle démarre le set par la présentation des personnes qui l’ont accompagné jusqu’ici : Stéphane, Tristan son coach, Sébastien au son et Maxime à la vidéo. Elle présente également ceux qu’elle appelle, « son épopée sauvage » qui l’accompagne ce soir sur scène : Nicolas Delaffon (guitare, mandoline) et son acolyte de toujours, qu’elle nomme affectueusement son bras droit, son poumon gauche, sa cover Basse, Arthur de Barochez (guitare basse). Ce trio guitaristique va mener le concert tambour battant pendant une grande partie de la soirée, même si Clara Malaterre s’octroie un espace solo pour présenter quelques chansons en guitare-voix acoustique.

La chanson « Peaux », issue de son EP « Portraits » ouvre le bal. L’ambiance est jazzy (j’adore son scat, ses onomatopées et le picking des guitares), ses guitaristes font chœur avec elle et plantent le décor chaleureux et bienveillant de ce concert. Après des applaudissements nourris, Clara Malaterre enchaîne sur deux morceaux de son EP « Points Cardinaux » : d’abord la chanson « Grandeur Nature », dans laquelle elle nous embarque dans un voyage intimiste et joyeux. Une sorte d’invitation céleste vers ses paysages qui la façonnent. D’ailleurs, elle invite le public à se joindre à elle pour reprendre le refrain « Et, je rêve » en chœur sur sa voix de tête qui nous attrape.

Puis c’est la chanson, « l’Etang », où nous basculons dans un monde hyper mélancolique. Arthur de Barochez imprime cette ambiance triste en jouant de l’archet sur sa guitare, qui évoque la noirceur des souvenirs, comme une nature morte, et qui nous transperce l’âme par des mots forts : « Sans M, Famille se dit M, l’enfance est un couteau dans le cœur » … Ce chaud-froid nous démontre la lucidité, une certaine gravité dans cette chanson, qui monte crescendo, pour redescendre en douceur et décuple les émotions. « J’offre ces questions au vent, je ne retournerais plus à l’étang ». Avec ces mots qui traduisent la fin de l’enfance, Clara Malaterre nous cueille littéralement. C’est déjà le premier moment fort de la soirée. Le ton est donné. Clara Malaterre ne triche pas avec ce qu’elle est, ce qu’elle ressent, ce qu’elle veut transmettre. Le retour du public est nourri à la hauteur de cette bouleversante chanson.

Le morceau « Marwa » qui suit donne une autre facette de la personnalité de Clara Malaterre. Elle fait partie de cette jeune génération, qui est profondément touchée par les injustices, qu’elles soient faites aux femmes, à la liberté d’aimer qui on souhaite, à la situation des étrangers, et à ce monde qui se divise entre le Nord et le Sud. Elle porte la voix de ceux que l’on entends pas. Marwa décrit une situation vécue par une ancienne camarade d’université et est chanté par Clara avec son accord. Un passage à la frontière lors d’un voyage en Angleterre peut s’avèrer difficile à vivre. Produire ses papiers d’identité aussi, surtout s’il n’a pas le même sens pour tout le monde. Ce laisser voyager/passer pour les uns devient un laisser galérer/crever pour les autres. Ces 2 faces d’une même situation devient différente à cause de sa nationalité, de sa couleur, de son genre. Ce privilège de ceux du Nord devient une absurdité pour ceux du Sud. Le jeu et l’interprétation de Clara sont saisissants et éclairent les esprits encore mieux que certains discours entendus récemment.

Après cette chanson longuement applaudie par l’auditoire présent, c’est le moment choisi par Clara pour parler en solo des textes et des chansons qui lui tiennent à cœur. Ses deux acolytes s’éclipsent de la scène et elle s’empare d’un livre, celui d’Emilie Hache, intitulé « RECLAIM » (qui est un recueil de textes éco-féministes). RECLAIM signifie « se réapproprier », la terre, son corps et le lien avec le Vivant. Elle lit le poème de Suzane Saxe, « Une question stupide », tel un credo de l’écologie-féminisme. Ce mouvement, né dans années 80, lutte contre l’exploitation des femmes et de la nature, qui selon elles précèdent de la même logique de domination des hommes sur les femmes et sur la nature par l’instauration du système patriarcal. Ce mouvement prône le soin aux plus vulnérables, aux autres et à l’accueil des émotions. Clara Malaterre affirme ses convictions, comme une gentille sorcière des temps modernes qui lutte dans ce monde abîmé. Cette lecture, c’est la force de Clara pour ouvrir les yeux sur des sujets importants, d’avoir cette lucidité sur le monde d’aujourd’hui, et de provoquer une forme de mobilisation joyeuse sur ses préoccupations par le chant et la poésie. Après ce passage très applaudi, pendant qu’elle accorde sa guitare, Clara continue le dialogue avec son public, parfois de façon humoristique. « Ce public, agé de 4 à 92 ans, qui tousse tous pareil ».

Elle a envie de chanter des chansons d’amour et celle qui arrive est particulière. « Nature Boy », c’est la première reprise de ce concert merveilleusement chanté par Nat King Cole, qu’elle interprète d’abord en français. Elle imagine un garçon qui rêve d’être aimé et d’être aimé en retour. Au fur et à mesure, ce garçon imaginé prend une autre allure, de ceux qui se réinventent sans se soucier du genre, à l’image de Suzy Solidor, un symbole de la garçonne des « Années folles », à laquelle Clara Malaterre semble faire référence. Cette reprise acoustique, est comme une belle signature personnelle, vocalement en voix de tête qui devient très rythmée. Une belle respiration musicale et une improvisation sur le refrain à la fin, avec la connivence du public que Clara invite à chanter avec elle.

Sa communion avec le public est un des marqueurs du concert. Elle dialogue constamment et beaucoup entre les chansons, raconte des histoires pendant qu’elle s’accorde (beaucoup à mon goût) et qu’elle décrit avec humour comme « un concerto pour 36 cordes ». On apprend aussi que sa guitare s’appelle Baby, son harmonica, Oscar, que la taille de la guitare ne fait pas le son et qu’elle connait quelqu’un qui nomme ses pinces à linge. Rires de la salle. Bref, on ne s’ennuie pas une minute avec elle. Cette atmosphère bienveillante et bon enfant fait que l’on se sent comme faisant partie d’une grande famille.

Avec le titre « Sœurs », Clara tranche dans cette ambiance, pour raconter un moment mélancolique de ce voyage d’Eglantine et Suzanne. Ces 2 sœurs aventurières qui prennent la mer comme un long voyage douloureux qui prend aux tripes pour celui qui écoute. Chaque mot de cette chanson à tiroirs incite l’auditeur à voir plus loin que la première lecture.

« Assumer l’un et l’autre pour mieux le/se réinventer, sans se soucier du genre. « 

Clara Malaterre

C’est ce à quoi Clara s’attelle quand elle décrit dans son EP « Points Cardinaux », l’amour pour fil conducteur, qu’il soit filial, amoureux, intime comme un parcours initiatique à geographie variable. C’est le propos des chansons « Kreuzbergstrasse »  et « San Francisco » (qui voir revenir sur scène son duo de musiciens). Le premier morceau est enjoué, comme une soirée au feu de camp, avec un jeu d’harmonica bien sympathique. Le second morceau est à mon avis le clou du spectacle que j’attendais. Après un ultime accordage de guitares (oui, oui), une belle intro façon slide, le son du vent qui résonne comme un voyage au long cours et nous voila embarqué en Californie, dans cette ville emblématique du mouvement LBGT américain, à laquelle elle mêle des souvenirs amoureux personnels en miroir avec ceux des habitants du quartier Castro, lieu symbolique du mouvement lesbien des années 70 et 80. Comme elle le chante « Dans ce quartier où tant d’autres comme nous se sont aimés », c’est une page d’histoire qui se mélange aux souvenirs de Clara. L’atmosphère est prenante et culmine quand Nicolas et Arthur chantent en chœur le refrain « Californie / Sans Francisco ». Je suis soufflée. Il n’y avait pas de meilleure manière pour terminer son set en apothéose sous les bravos et les applaudissements sans fin du public.

Ce dernier réclame à corps et à cris un rappel. Avant de faire ce rappel, Clara tient à nous présenter Céleste Gangolphe au premier rang, qui n’est autre que la graphiste (et sa soeur, coeur avec les doigts) qui a illustré avec de superbes dessins la couverture de ses EP et le livret du dernier « Points Cardinaux ». C’est l’instant promo du concert qu’elle aborde avec humour « Si vous voulez repartir avec un dessin, vous pouvez repartir avec un dessin », et de même avec son dernier album. Ce sera un rappel sautillant et joyeux avec les titres « Un Dimanche à Cushendun » et « Juliette ». Le temps de raconter une anecdocte dans un pub en Irlande, nous remuons nos mains et nos pieds  à tue-tête sur ce morceau instrumental joyeux où les guitares sont les maîtres du jeu. Puis, c’est « Juliette, qui est à l’Ouest » qui invite au lâcher prise et à la danse. Les onomatopées sur JU-LI-ET-TE avec son bassiste sont surprenants et invitent à la fin à chanter avec eux en chœur. Un vrai moment de partage qui fait du bien !

Comme le public réclame un bonus, Clara Malaterre ne se fait pas prier pour donner ce bonus-bonus ! Elle reprend « Un Petit Poisson, Un Petit Oiseau » de la grande Juliette Gréco, qu’elle interprète à sa manière, naturelle, gaie, avec des Doo Wap Doo Wap inattendus et une fin lyrique sur une voix de tête étonnante. Le public chante et est heureux. Une petite fille s’avance avec sa maman pour lui offrir des roses. C’est donc ça un concert de Clara Malaterre, un moment magique, festif, bienveillant, bourré d’émotions, qu’on est pas prêt d’oublier.

Et comme le dit si bien l’artiste pour conclure cette si belle soirée : « Et surtout, revenez ! ». Je crois bien que je ne me ferais pas prier ….

Si vous voulez découvrir l’univers de Clara Malaterre, ses prochaines dates de concert sont :

Photos du concert – Copyright/droits réservés Astrid Souvray / Pirouettes Sonores

(cliquer sur une photo, pour faire défiler la galerie)

=> Envie d’en savoir plus ? la chronique de l’EP « Points Cardinaux de Clara Malaterre, à (re)lire ICI