JON BATISTE AU DUC DES LOMBARDS (LIVE REPORT)

J’avoue ne pas savoir grand-chose sur l’artiste Jon Batiste jusqu’au soir du 4 juin 2021 quand l’émission Quotidien a la bonne idée de le  faire venir pour interpréter la chanson « I need you » en live (qui me fait swinguer sur mon canapé)  et surtout l’interviewer ( à revoir ICI) en tant que compositeur talentueux de la B.O. du dessin animé « Soul » signé  Disney avec lequel il a gagné l’Oscar et le Golden Globe de la meilleure musique de film. Il présente également son album « We are » qui est disponible sur les plateformes digitales  en France.

Le personnage me séduit d’emblée : il est spontané, souriant, bouge comme personne, il donne la pêche, il respire la bienveillance et la musique transpire de sa personne. Durant l’interview, on apprend que son grand-père parlait français, et qu’il veut rendre plus actuel ce qui s’est fait ses 400 dernières années en musique. La musique est pour lui une langue universelle qui vient du fond du cœur, où tout le monde peut s’y retrouver. Quand on lui dit qu’il est ultra doué, il répond modestement qu’ il faut prendre le don qu’on a reçu à sa naissance, le transmettre aux gens et « se remuer un peu le derrière » !

Pour lui, le Jazz, c’est la vie, c’est ce qui se passe, c’est la spontanéité, quand  on rencontre une personne magnifique, on voit quelqu’un qu’on a jamais rencontré auparavant,  on a une super conversation avec elle, si on a une mauvaise journée, c’est ça le Jazz. Il a pour projet de monter une comédie musicale  sur Jean Michel Basquiat à Broadway. Il évoque également la fanfare de St Augustine High School qui figure  dans la chanson « We are ». C’est un lycée un peu spécial où la majorité des personnalités politiques, des musiciens, de grands entrepreneurs de la communauté noire de New Orléans sont passés par là.

 À 34 ans, Jon Batiste  a déjà un parcours atypique et riche. Diplômé de la prestigieuse Julliard School of Music, ce New-Yorkais – qui a d’ailleurs inspiré le personnage principal de Soul – est considéré comme le nouveau prodige de la musique. Jon Batiste sait tout faire : pianiste virtuose, compositeur, chanteur, chef d’orchestre, directeur musical, éducateur et personnalité de télévision, Jon Batiste a passé sa carrière à ramener la musique à ses racines : proche de son public. Il a développé une aisance dans la musique jazz et populaire en collaborant avec Wynton Marsalis et Prince. En 2015, il est nommé d’orchestre et directeur musical du talkshow « The Late Show With Stephen Colbert ». Un nouveau tournant s’offre à lui en 2020 en apparaissant à plusieurs reprises dans la bande originale du film d’animation « Soul » (Pixar), ce qui lui vaut de nombreuses récompenses aux Grammys, aux Golden Globes, aux BAFTA et bien d’autres, aux côtés de Trent Reznor et Atticus Ross.« WE ARE » (Verve Records), le dernier album studio de Jon Batiste parait en mars 2021.

Un opus qu’il proclame comme « le point culminant de sa vie jusqu’à aujourd’hui », hautement acclamé par le New York Magazine, Entertainment Weekly ou encore Forbes. Muni de ses cuivres et d’une voix groovy sans pareil, il affirme un projet rempli d’ondes positives dépassant les limites des genres musicaux du jazz et de la soul.

C’est donc avec une certaine impatience que j’attendais de voir Jon Batiste sur scène à Paris. Quand la date du 14 octobre au Badaboum est tombée, c’était comme un espoir inattendu de le voir enfin en live. Mon ticket pris, j’ai compté les jours qui me séparait de ce concert tant désiré. Patatras, et O désespoir, quelques jours avant, son tourneur annonce l’annulation de la date. Cela n’empêche pas Jon Batiste de venir en France pour faire la promotion de son album, et en particulier du single We Are (Montmartre remix, ça ne s’invente pas …) sur lequel il chante en duo avec Abi Bernadoth (vainqueur de The Voice) qui a chanté également un titre sur la bande annonce du film « Soul ».

Il effectue depuis le 14 octobre sa promo à Paris en télévision  (C’est à Vous sur France 5) et en radio (TSF Jazz) qui m’apprendront qu’il envisage de faire un secret show à Paris, qui sera annoncé uniquement sur les réseaux sociaux. Autant dire que tel un petit Poucet, j’ai regardé pendant un moment les dits réseaux pour ne pas louper le concert de ce talentueux artiste. C’est finalement pas un mais 3 secrets shows qui auront lieu en une seule soirée, avec la complicité de son ami et artiste Jemel McWilliams.

C’est sur celui du Duc des Lombards (qui est l’un des premiers clubs qui  l’a accueilli en France), que je jette mon dévolu, après avoir eu la chance de m’inscrire (il a fallu être très  rapide) sur la guest-list du Duc ouvert spécialement pour cet évènement spontané. Il fallait aussi être assez accro à sa musique pour venir au Duc des Lombards passé minuit et écouter cet artiste singulier.

Bien m’en a pris, car cette soirée au Duc des Lombards s’annonce comme une pure folie. Alors que je m’attendais à un set somme toute classique piano/voix et chœurs, qu’elle ne fut pas la surprise pour le public de voir arriver le trompettiste  Ibrahim Maalouf (qui venait de terminer son set au Duc), le chanteur Matthieu Chedid à la guitare, accompagné de Tiss Rodriguez à la batterie, de Theon Cross au tuba et de deux créatures absolument divines aux chœurs, les artistes DeSz et Susan Carol.

Jon Batiste ne passe pas inaperçu : longiligne, coiffé de mini dreadlocks dressés sur la tête,  habillé pour la circonstance avec un pantalon rayé noir et blanc en satin, avec des bottines argentées, une chemise blanche et un blouson noir ajouré. Il s’installe naturellement au piano, son instrument favori, sur lequel ses longs doigts (et ses mains incroyablement longilignes)  glissent comme une vague sur la mer. Il est ultra souriant, visiblement très heureux d’être au Duc avec ses guests. Il dévisage avec curiosité  le  public venu spécialement le voir ce soir. Theon Ross, suivi par  Ibrahim Maalouf ouvrent le bal, puis ensuite par Matthieu Chedid à la guitare pour une intro musicale qui met toute suite dans l’ambiance. Le public est au taquet, et une multitude de téléphones portables se dressent, pour ne rien louper de ce moment mythique. La température dans le club commence doucement à monter.

Jon Batiste est certes  un virtuose sur son piano mais l’est aussi au contact des différents musiciens qui l’accompagnent ce soir. Il s’amuse comme un fou sur son piano, j’ai moi-même du mal à suivre ses doigts si rapides sur l’instrument, et pour tout dire, il  ne restera pas très longtemps assis sur son siège pour pouvoir profiter de chaque parcelle du concert. D’ailleurs, après avoir échauffé le public, le concert prends une autre dimension, quand il se met à chanter (une voix de dingue), qu’il mêle au gré des improvisations des solos au piano entre R&B, Soul et même un peu de Chopin ! Son visage est comme un livre ouvert : il regarde et reste connecté avec le public le plus possible, fait des grimaces, il se lève pour prendre son mélodica et entraîner le public à sa suite. Ne tenant plus, le public finit par se lever, à battre des mains,  à chanter en chœur sur Freedom et autres compositions que Jon Batiste nous donnent généreusement ce soir.

Copyright / Tous droits réservés : Astrid Souvray / Pirouettes Sonores

Pour autant, Jon Batiste sait laisser toute la place à Matthieu Chedid et sa guitare, ou à Theon Ross au tuba et sa comparse au saxophone pour des solos ébouriffants. Les moments  les plus  intenses viennent aussi de la participation de deux demoiselles, DeSz et Susan Carol qui officient aux chœurs, donnant une touche à la fois féminines et sensuelles, et toute sa vérité Soul aux morceaux joués avec ces messieurs. Jon Batiste nous laisse peu de répit en fait : nous vibrons tous au rythme des morceaux, de sa voix unique, des scats brillamment délivrés, des vibrations  intenses des solos de guitare électrique  improvisés par Matthieu Chedid, du souffle impressionnant du tuba de Theon Ross, des duels de vocalises Soul et mielleuses de DeSz et Susan Carol, et tout ce beau monde en se regardant d’un seul coup d’œil sait exactement où trouver sa place.

Le temps file vite, et après les présentations d’usage, Jon Batiste dont l’énergie semble sans cesse décuplée se lève, fend le public du Club  et entraîne avec lui musiciens et choristes dans la rue des Lombards. A ce moment précis, je crois que le concert est fini, mais en fait non. Comme s’il se sentait chez lui, à la Nouvelle-Orléans, Jon Batiste joue avec son mélodica, reprend Freedom et rassemble les  gens  dans la rue qui n’en croient pas leurs yeux et ni  leurs oreilles. Matthieu Chedid est souriant et médusé. Tout le monde dans le club se précipite dehors pour ne pas en manquer une miette. C’est comme si Jon Batiste voulait recréer le « Nola Spirit » (l’esprit de la nouvelle Orléans)  dans une fanfare Jazz improvisée, dans la plus pure  tradition des » Marching band » louisianais. Avec ses musiciens et choristes, il se déplace en tête du défilé, et entraîne qui veut bien le suivre  dans le rythme et la convivialité. Bientôt, un attroupement commence à grossir dans ce quartier de Chatelet qui ne dort jamais.

L’ambiance est totalement folle ! Des personnes qui ne connaissent pas l’artiste me questionnent et veulent savoir qui c’est. Je ne me fais pas prier pour lui faire sa publicité. Avant que cela ne devienne un rassemblement plus fou, Jon Batiste retourne dans le club. Le concert se termine sur une note plus douce par la magnifique reprise de Billie Holiday, « God Bless the Child », interprété au piano voix par DeSz avec Jon Batiste. C’est un moment de haute volée vocale, à la fois apaisant et puissant, et avec une sincérité qui touche au cœur. Je réalise à quel point je viens de vivre un concert très particulier, très vibratoire, et absolument unique. Il y a beaucoup d’amour qui a été partagé ce soir. J’ai du mal à redescendre.

Après le show, Jon Batiste répond aux sollicitations avec beaucoup de générosité et de bienveillance. Dans un élan que je ne maîtrise pas vraiment, je lui fait un hug, comme pour le remercier d’avoir partagé ce moment très particulier. Si je n’ai qu’un seul regret, c’est de n’avoir pas eu un duo et la présence d’ Abi Bernadoth  sur le titre « We are ». Mais  la performance de Jon Batiste a été tellement incroyable ce soir que je ne peux pas lui en vouloir. Indéniablement, Jon Batiste aime Paris et Paris le lui rend bien !

Découvrir les photos du concert (Copyright / Tous droit réservés : Astrid Souvray / Pirouettes Sonores) ci-dessous : (cliquer sur une photo pour faire défiler la galerie)

Retrouver Jon Batiste sur le web :

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Jon Batiste a sorti récemment le single « Sing » en duo avec Tori Kelly :

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