Clara Malaterre, Chanteuse Cardinale

copyright – tous droits réservés : Astrid Souvray

Tout a commencé un peu par hasard. En allant à un petit concert acoustique organisé par Camille Feist aux Chaises à Paris. Camille a invité plusieurs artistes à jouer, dont Clara Malaterre que je ne connais pas. L’endroit est petit, les chaises et les tables s’entrechoquent, et il y a beaucoup de monde pour si peu de place pour voir jouer les artistes. Pas vraiment des conditions optimales pour écouter même si l’ambiance est géniale.

Armée de sa seule  guitare acoustique, s’avance une jeune femme toute bouclée, qui délivre ses chansons en tournoyant autour des gens. A la première note, tout le monde se tait. Au premier couplet, je suis subjuguée par sa voix délicate, son univers qui semble déjà bien affirmé, ce charisme bienveillant, et ses envies d’ailleurs qu’elle transporte en bandoulière. Je suis un peu ébranlée par cette artiste qui vient de débouler dans mes oreilles. Je note juste dans sa façon de s’exprimer des influences musicales comme Mathieu Chedid, dans l’interprétation et le mouvement. Après 3 titres acoustiques, je suis clairement frustrée de ne pas en entendre plus. A la fin de son set, je dis à Clara Malaterre combien j’ai aimé ses chansons. En partant ce soir là, jeme fais la promesse et  la ferme intention de découvrir un peu plus son univers artistique et de la revoir sur scène très vite.

Clara Malaterre a déjà fait un bout de chemin dans le domaine musical. Son amour de la musique la travaille depuis ses 11 ans et après un parcours artistique  somme toute classique (jouer dans des groupes, s’essayer à plusieurs instruments, prendre des cours au Conservatoire), elle se lance en solo dans le grand bain en 2018 en composant et en enregistrant  son premier EP, « Portraits », avec la complicité d’un ami musicien et ingénieur du son, Arthur de Barochez. Ce premier opus est salué par la presse chanson francophone (Francofans, Hexagone) et une résidence artistique (dispositif Décibels) lui permet d’enrichir son jeu scènique naissant… Elle écume les petites scènes à Paris comme en Province, seule ou en trio avec ses complices musiciens, jusqu’au printemps 2019 où elle assure la première partie d’Anissa Bensalah au Café de la Danse. Elle continue de tourner en ajoutant de petits festivals (Festival Chants d’Elles notamment) et un tremplin à son parcours, jusqu’en 2020 où la pandémie met un coup d’arrêt à son ascension scénique. Comme de nombreux artistes pendant cette période compliquée, elle continue de composer puis elle enregistre un deuxième EP (5 titres) intitulé « Points cardinaux » publié en septembre 2021.

© Copyright : Christian Lambin

Ce qui est bien avec Clara Malaterre, c’est qu’elle est une artiste complète comme je les aime. Un sens musical affirmé et la tête bien pleine. Tous les morceaux ont été interprétés, composés, écrits & arrangés et auto-produits par cette jeune femme. En plus d’avoir une excellente musicalité, elle a la tête bien faite, avec un parcours universitaire qui laisse songeur : une licence de philosophie à la Sorbonne (Paris 1), des  études à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS) à Paris en sociologie du genre, couronné en 2017, par un master « Genre, Politique et Sexualités » !

Clara Malaterre est également une jeune femme engagée, dans des collectifs féministes en particulier, comme l’association féministe Les Aliennes qui développe des actions « joyeuses et optimistes » pour lutter contre les discriminations et les stéréotypes liés au genre, en menant des actions artistiques, culturelles et éducatives.

Toutes ces expériences humaines, universitaires et musicales ainsi que son vécu se retrouvent intimement imbriquées et librement exprimées dans ses 2 opus résolument Folk, acoustiques et organiques. Dans le premier EP « Portraits », elle esquisse des morceaux de vie, répand l’amour qu’elle porte à ceux/celles qu’elle a croisé (Suzanne, Églantine, François, Juliette, Marwa) pour ne pas les oublier. Sa voix est une mise à nu des émotions qui la bouleverse (comme le deuil de François), elle met en exergue ses combats intimes et féministes, son indignation (Marwa) mais aussi la joie et la force d’exister.

Le dernier EP « Points Cardinaux, le bien nommé, sort plus des sentiers battus que son précédent opus. Le voyage initiatique et l’amour sont au centre, comme des fils conducteurs, comme des points cardinaux, d’horizon servant à s’orienter dans ses chemins si intimistes. La boussole de Clara la mène dans différents espaces entre la Californie, l’Allemagne, l’Irlande, la Bretagne, la Sologne et tous les endroits terrestres où elle promène autant sa mélancolie que ses souvenirs amoureux. Cet opus est riche d’ambiances résolument nature (planant de parc de jardin en forêts, de collines en étangs, de pubs boisés aux soirées au coin du feu). Ses compositions sont construites sur plusieurs accordages guitaristiques (guitare sèche, slide, mandoline, violon) ou habitées par des sonorités Folk-américaines (harmonica) qui habillent subtilement ses textes, agrémentés parfois de mouvements chaloupés bienvenus.

J’ai une tendresse particulière pour le titre « San Francisco », qui m’a fait littéralement voyager à travers son texte magnifique jusqu’en Amérique avec elle dans cette ville californienne. J’ai découvert et imaginé grâce à elle, son célèbre quartier Castro où a vécu la communauté gay et lesbienne, avec pour fond, les célèbres prides festives et colorées, des années 70 & 80, immortalisées par Charles Roseberry et qui figurent dans le clip vidéo de la chanson.

La chanson « l’Etang » m’a aussi beaucoup marquée par sa mélancolie puissante (nostalgie de l’enfance ?) et ses mots percutants « As-tu déjà remarqué que sans M – Famille se dit Faille ? Et que l’enfance est un couteau planté dans le coeur ? ». Cela a réveillé en moi des sentiments enfouis qui ne reviendront pas. C’est à mon avis, la chanson emblématique de l’album, différente de toutes les autres plutôt joyeuses.

Au-délà de la musique, Clara Malaterre a également soigné l’habillage de son album avec un livret de 12 pages illustrés par de magnifiques dessins de Céleste Gangolphe, graphiste et peintre muraliste (expression murale In/Outdoor, illustrations sur différents supports) en France, en Belgique et en Suisse. Ses dessins donnent une dimension artistique suplémentaire à chacune des 5 compositions (pochette comprise) et révèle un subtil prisme esthétique inattendu et délicat.

J’aime beaucoup cet EP qui propose un répertoire éclectique, porté par la voix sublime et ancrée de Clara qui embarquera je pense de nombreux auditeurs. Clara Malaterre est une chanteuse atypique, qui porte ses émotions en bandoulière, dans ses textes, comme autant de prières lourdes de sens mais qui n’a pas oublié d’être poétique au travers de sonorités acoustiques inspirées et inspirantes.

Son mantra « I play who I am » (je joue qui je suis) hérité de Maggie Nicols résume bien cette chanteuse atypique, authentique et touchante, qui trouve sa voie dans sa voix (et vice-versa).

Ecouter Clara Malaterre :

Pour découvrir Clara Malaterre sur internet :

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