Nicolas Jules trio + David Lafore en concert

Aller voir Nicolas Jules sur scène est pour moi loin d’une mince affaire. Emballée par la reprise d’un de ses titres « Bétonneuse » par un certain Guilhem Valayé qui ne tarissait pas d’éloges à son endroit, je suis allée le voir plusieurs fois sur scène, en solo le plus souvent et dernièrement avec le projet CINQ. Autant le dire de suite, le personnage très sûr de lui, ses monologues sarcastiques m’agaçaient au plus haut point, celui de ne pas tendre l’oreille vers ses chansons et son univers si particulier. Complètement parasitée par ce cliché, j’avais presque renoncé à le revoir sur scène. Jusqu’au spectacle CINQ à l’affiche du festival l’Estival le 20 septembre dernier. Un peu moins foufou sur scène, j’ai enfin entendu son répertoire d’une autre oreille, en tout cas suffisamment pour aller lui parler quelques minutes après le festival. Nicolas Jules m’a surpris … Très en verve, il n’a cessé de me poser des questions (bonjour l’interrogatoire), m’a limite presque culpabilisée d’être fan de Guilhem (il est vrai que je connais son répertoire par cœur), bref un échange très « chat vs. chien », incompréhensible mais tellement vivant ! Pourtant, le personnage de plus près à ce côté inclassable sans trop forcer, à la fois fataliste et désabusé presque inné, une liberté de ton et une dérision qui m’ont titillés, je l’avoue. Quand j’ai appris qu’il viendrait jouer dans ma ville, je me suis lancé le défi de venir le voir sans a priori. Lui-même avec une moue dubitative, n’avait pas vraiment l’impression que je viendrais.

20h30, je suis déjà la bourre quand j’arrive à la salle municipale René Cassin. Je prends mon billet, et me rends fissa dans la salle. Nicolas Jules avec ses acolytes de scène sont dans l’encoignure de la porte. Il se rappelle visiblement de notre échange à St Germain, et je le préviens de suite que je ne serai pas au premier rang. Surpris il l’est, mais je connais l’animal qui réserve souvent à ce premier rang certaines effusions et surprises que je ne me sens pas capable de supporter ce soir. Je le laisse avec mes a priori (sympa la pression, 1 partout) et file trouver une place. La première partie est assurée par David Lafore. Un compagnon de route de 20 ans pour Nicolas Jules, qui a la dure tâche de préchauffer un public qui ne le connait pas vraiment. Ca tombe bien moi non plus. Les premières minutes d’un concert sont assez cruciales. Je sais dans les premières minutes si je vais accrocher ou pas. Déjà David Lafore prend le temps (trop peut-être) pour installer son show. Après un premier contact avec le public où visiblement David Lafore tente de mesurer  la réceptivité à son spectacle, je me suis déjà éloignée (au bout de 15 minutes pendant lesquelles je me suis proprement emm**) de ce qui se passe sur scène.

Sans paraître trop critique, le comique de situation un peu « bourrin » qui accompagne chaque chanson sur scène, les mimiques et les grimaces forcées me semblent un fil trop gros, ou peut être que le texte me semble trop récité pour être totalement convaincue et du coup accrochée à sa mise en scène. Mes voisins et la salle rient de bon cœur, réponds très favorablement au spectacle de David Lafore. Moi non, je pressens l’arrivée de chaque phrase, il en fait des tonnes sur scène, et particulièrement dans ses jolies chansons qui ne méritent pas ça. Quand un artiste tente de capter systématiquement l’attention de son public (notamment en lui faisant peur avec des cris par surprise), cela veut dire que son spectacle ne se suffit pas à lui-même et qu’il manque ce petit quelque chose pour être complètement transporté.  Cela ne veut pas dire pour autant que tout est à jeter. J’ai apprécié les parties chantées (qui sont plus un prétexte aux sketchs que la matière principale qu’elles devraient être), vraiment avec cœur, et pas celles où il se sent presque obligé de faire le comique avec des onomatopées, des cris ou des gestes qui ne leur apportent rien à mon sens. Je n’ai pas du tout aimé quand il fait passer le public pour un veau docile et pas très intelligent, à qui on peut tout faire faire, les applaudissements comme les mains levées.

Que dire que de la photographe qui a « dû » monter sur scène pour faire une photo d’ensemble presque contrainte. Enfin, le déséquilibre chansons / comédie est flagrant et presque frustrant pour la spectatrice que je suis. J’ai réussi un peu à me dérider sur les reprises à la fin et ai été réceptive à la chanson « Moi, Jaloux ». Par contre, ce grand cousinage voire cette ressemblance assumée avec ce que fait déjà Mathieu Boggaerts, l’énergie en plus et la poésie en moins, m’a accompagné tout au long du spectacle. Pour faire court, on peut passer un très bon moment avec David Lafore à  condition d’être bon public et pas regardant sur l’a peu près de la mise en scène. Petit bonus, l’artiste joue a cappella avec sa guitare acoustique (dont il joue à la perfection), ce qui renforce la proximité avec l’audience. Il se retire de scène avec un sympathique rappel à la guitare électrique, visiblement content de sa soirée et du public qui s’est rapproché de son public idéal …

Le temps d’installer le plateau qui va accueillir Nicolas Jules trio, et me revoilà, bière à la main pour écouter celui qui m’a intrigué il y a quelques semaines. Changement de lumières et voici le trio composé de Roland Bourbon poitrail ouvert à la batterie à droite et Clément Petit bien barbu au violoncelle à gauche, Nicolas Jules au milieu accompagné de sa Gibson mordorée et d’une chemise un poil tropical et ses cheveux déjà hirsutes. L’ambiance est déjà électrique, quand il chante le titre « Ambiance ». A la première seconde, je plonge avec les deux mains et tout le reste dans cette ambiance de fou, où le tempo lancinant, la voix grave et les sons électriques vous happent immédiatement. Cette petite étincelle me fait un bien mais tellement dingue comme si j’avais été en apnée l’heure précédente. « Papier bleu » qui suit me réconcilie avec la voix de Nicolas Jules, ce côté un peu baryton qui s’ignore, me prend au dépourvu. Il est difficile de ne pas succomber au charisme de ce poitevin bon teint qui centralise tous les regards. Avant d’entamer la troisième chanson, Nicolas Jules commence par un tacle bon enfant à l’endroit de David Lafore, fait la présentation très « Julienne » de son batteur, son côté girondin et bel homme, avant de nous faire un point sémantique sur le mot  Oindre, c’est à dire enduire d’huile, utilisé dans une connotation religieuse le plus souvent mais qui dans ce show aura une connotation plus « velue » en référence au torse de Roland Bourbon. Il enjoint le public à caresser son « pelage » à la fin du concert, mais surtout il introduit la prochaine chanson comme la musique du diable, et rock’n’roll à souhait.

Roland Bourbon nous fait une démonstration rythmiquement bien lourde qui bouscule et Nicolas Jules entame « Oint » bien crânement et se sent comme dans son élément avec ses paroles érotisantes et diaboliquement bonnes sous la lumière rouge qui inonde la scène. Après cet épisode sulfureux, l’artiste revient bien vite sur scène en se moquant gentiment du nom de la ville, et alpague une fan qui prend des photos. Elle vient de Vesoul (eh oui !) pour le voir. Un autre fan, François, longue barbe blanche et habillé d’une veste militaire du plus bel effet est aussi présent. Nicolas Jules le met en lumière et improvise une histoire dont il a le secret pour introduire la chanson suivante « Celui qui n’a rien ». Un petit intermède acoustique sur la vacuité de la rupture amoureuse, entrecoupé  de petits coups de hanches, d’une descente au premier rang pour titiller le public et un focus très rigolo sur Roland Bourbon et son instrument qui reproduit le son d’une petite cloche et d’un violon pour terminer la chanson.

Retour aux sonorités électriques, au monde triste et glauque de la chanson « Joconde », qui met superbement en avant les notes écorchées et métalliques du cello de Clément Petit. Un Nicolas Jules désabusé et perdu devant l’indifférence de son amoureuse qu’il compare à la Joconde. Cette chanson n’et pas celle que je préfère, mais elle a le mérite de ne pas laisser de marbre. Il vient enfin mon moment préféré du concert, celui où Nicolas Jules interprète tout en poésie et sobriété mon morceau favori « Bétonneuse ». Je goûte chaque note et chaque mot avec délectation. Cette chanson me transperce à chaque fois même si je ne saurais dire pourquoi. Elle fait appel à ce côté lunaire dans lequel je me love volontiers, à la solitude de la nuit que je préfère, cet incroyable tour de force de faire rimer nébuleuse et bétonneuse si antinomiques, enfin cette insomnie trop souvent rencontrée à qui il donne des vertus presque agréables. Je suis subjuguée par les notes aériennes et sibyllines du violoncelle de Clément Petit qui m’emmène bien au-delà de la scène René Cassin.

L’occasion est toute trouvée par Nicolas Jules de présenter à sa façon son violoncelliste, qui nous fait un sacré numéro. Je ris tellement de bon cœur, que je ne vois pas arriver les gouttes d’eau envoyées depuis la bouteille de Roland Bourbon. Petit tacle en passant sur les quartiers privilégiés des Yvelines et les quartiers populaires, qui rebondit on ne sait comment sur un petit sketch dit « animalier » avant d’ouvrir sur la chanson « A la gomme ». Un titre sans prétention, sur le mensonge amoureux, qui fait son petit effet, en tout cas sur moi et mes voisins de salle. On est comme sur des montagnes russes dans un concert de Nicolas Jules.

On oscille entre compositions rock rugueuses et chansons mélancoliques et pleines de dérision sur le dépit amoureux. En tout cas, il est difficile de rester insensible à l’univers de Nicolas Jules. A cet instant précis, je me demande pourquoi et comment j’ai pu l’être autant à son répertoire jusqu’à maintenant. Il n’aura fallu qu’un centième de seconde pour que j’embarque sans retour possible dans son répertoire poétique et inattendu.  « L’eau noire » est la première chanson qui fait le décompte pour Nicolas Jules de la fin de concert. Il ne reste que 4 chansons avant la fin. Une façon très particulière de préparer son public à se déconnecter en douceur de son concert. Du coup, ce titre me semble moins intéressant que les autres avec son rythme lent, plus sombre aussi, dans une tonalité lugubre qui signe la fin d’un amour dans un désespoir frissonnant. Brrr … il enchaîne sur le même sujet avec l’élucubrant et rock « l’Amicale des joueurs de Luth ». Rien que le titre est déjà en soi une performance littérale. Mais ce n‘est rien comparé à l’envolée rock et déjanté qui emporte le public, qui n’en finit pas de rythmer avec ses mains et en cris l’avant dernière du show. C’est la même énergie qui nous emporte sur le titre Faon, où Nicolas Jules déchainé avec ses acolytes déclame qu’i est un Faon, une biche dans le bois comme une déclaration solennelle sur sa Gibson déchirée de notes électriques. Un des meilleurs moments de ce concert sans équivoque ! Le temps pour le trio de s’éclipser de scène puis de revenir pour un ultime rappel sous les applaudissements et les vivas du public, Nicolas Jules nous régale une dernière fois avec « Le dernier étage » où il prend bien soin de chauffer à blanc sa Gibson de riffs bien sentis, un poil Hendrixien, portés par le rythme effréné de Roland Bourbon et le cello de Clément Petit en mode percu. Le concert se termine comme il a commencé de manière électrisante, histoire de bien nous réveiller avant de partir.

Credit photo : Cathy Calvanus

Les adjectifs pourraient être légion pour décrire le show de Nicolas Jules et de son trio au sortir de la salle. Pourquoi synthétiser à tout prix ces moments si particuliers et originaux que sont ce spectacle. L’essentiel est que j’en suis repartie CON-QUI-SE. Convaincue et stupide à la fois d’avoir laisser autant de temps sans avoir VRAIMENT écouter ses chansons jusqu’ici. C’est un TOUT indéniable, une créativité hors-norme, un projet complice de 3 artistes qui se connaissent sur le bout des cordes, qui démarre au quart de tour pour nous entrainer bien malgré nous dans l’univers écorché d’un Nicolas Jules hypersensible (qui se cache maladroitement derrière ses compositions), mais tout dévoué à son art. Qui a presque failli nous décerner le titre de public idéal avant de décocher « un public correct » auquel il ne croyait pas (ah ce sourire et ses yeux pétillants qui veulent tout dire), aussi emballé que lui par ses chansons. Allez. Celle-là est pour toi Nicolas Jules purement gratuite mais bien sentie : un show de Nicolas Jules est purement EBOURIFFANT comme sa tignasse blonde qui n’en finit pas de pointer vers le ciel.

Epilogue : un grand remerciement à Nicolas Jules pour ces moments d’échange avec son public après concert. On te donne volontiers rendez-vous une nouvelle fois sur notre territoire des Yvelines. Vous avez de la chance, son nouvel opus « Les Falaises » (en autoproduction) est maintenant disponible sur son très beau site internet NICOLASJULES.COM

En attendant, ne vous privez pas inutilement d’un concert de Nicolas Jules. Que vous veniez de Vesoul ou pas, vous ne serez pas déçus ! Les prochaines dates de concerts de Nicolas Jules sont à découvrir sur son site internet !

Catégories :Billets Doux, Echos

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