MaMA 2018 Jour 1 – Born Idiot, Sean Riley, Pitou, Naya

Choisir sa programmation parmi les plus de 120 concerts proposés par le Festival MaMA n’est pas chose aisée. Il faut donc s’appuyer sur des critères bien précis : la nouveauté, le genre musical, anglo-saxon ou non, l’emplacement des salles et l’équilibre des horaires. Pour ma part, cette édition du MaMA a facilité mon choix. Comme la plupart des derniers festivals, le MaMA a cédé aux sirènes d’une programmation mettant l’accent sur le hip-hop et le rap, qui n’est pas ma tasse de thé à quelques exceptions près. Reste qu’il y a de belles têtes d’affiches : Gaël Faye, l’Ordre du Periph, Oxmo Puccino et des nouveaux groupes qui sortent du bois appelés à un succès évident :  Concrete Knives, Adam Naas, Holy Two,  Madame Monsieur, Part Time Friends. Je me dis que j’aurai d’autres occasions de les revoir sur scène à Paris, je m’attelle donc à écouter des nouveautés, si possible venues d’ailleurs ….

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Je me suis d’abord intéressée à deux groupes issus du jeune label Cold Fame qui organise sa soirée au Carmen : Born Idiot et Holy Two. Ca tombe bien je tombe sur ces derniers devant la salle. On papote (je les avais découverts il y a déjà 4 ans sur leur première scène parisienne et ils m’avaient fort impressionnés, à relire ICI) en particulier de leur nouvel album « Invisible Matters » sorti en Mai dernier. Puis je vais écouter Born Idiot, cinq garçons dans le vent venus de Rennes, pour distiller une musique pop énergique et rafraîchissante à la fois.

Je découvre Lucas, Tiago, Clem, Louis et Guigz, cinq jeunes musiciens Rennais au nom de groupe un peu loufoques dont je ne comprends pas vraiment pourquoi ils se sont baptisés ainsi. A la première note, c’est l’évidence : déjà le chanteur de Born Idiot arbore une chemise hawaienne du plus bel effet, déclinant ainsi  une image résolument décalée, qui fait appel à un univers plutôt kitsch pour ne pas dire résolument vintage des années 80. De même que la référence à The Idiot, premier album d’Iggy Pop sorti en 1977, lui-même influencé en référence au roman L’Idiot de Dostoïevski. Un pied solidement ancré sur la scène du Carmen, Born Idiot joue avec les codes de l’adolescence fuyant le quotidien de l’âge adulte, appuyant sur toute la fougue incontrôlable de leur jeunesse, certainement passée à se nourrir de rock et de bières.

born idiot

Leur univers sonore, qui s’étend de la simple ballde à une musique pop délurée sur fond de réverb tirant de façon très élastique vers des élans rock, me fait penser au groupe Métronomy, qui joue beaucoup avec son énergie et son identité visuelle très colorée. La voix de Lucas occupe aisément la salle du Carmen bourrée à craquer, sur des  paroles langoureuses et sucrées qui se frottent avec humour aux sons cristallins des  guitares enervées et la mélancolie des claviers. Ca pogote pas mal, ça se lance des regards complices, et cette surenchère de choeurs  révèle des élans indie-pop anglo-saxons dignes des 60-70’s. On aime pas, on adhère complètement à ce panache frenchy à la Birdy Hunt, cette douce insouciance des cinq rennais qui nous avaient déjà bien excité sur le single « Cocktail Bomb » déjà bien décalé et savoureux d’autodérision. Leur single Cocktail Bomb est un petit bijou de fraîcheur estivale, avec un refrain entraînant (on se dit que la voix féminine de Flore Benguigui, la chanteuse du groupe l’Impératrice manque quand même).

En tout cas, la complicité est réelle entre les membres du groupe qui mettent un joli bordel sur cette petite scène du Carmen en nous envoyant les quelques titres de leur album « Afterschool ». Finalement ils ne sont pas si idiots que leur nom de groupe pourrait laisser paraître. Leur insouciance, leur désinvolture musicale font du groupe Born Idiot un band de pop indé décalé qui utilise ses chansons comme d’une arme de persuasion.
Page Facebook : bornidiott
En écoute sur Bandcamp : bornidiot

Sean Riley au Phono Museum
Sean Riley au Phono Museum – Copyright Astrid Souvray Tous droits réservés.

La soirée commence de fort belle manière. Je prends mes jambes à mon coup pour courir jusqu’à la salle du Phono Museum. Dans un tout autre registre, je m’en vais découvrir Sean Riley dans le nouveau lieu sélectionné cette année par le MaMA, le magnifique Phono Museum. Cet endroit dédié aux phonographes et tout matériel et instrument destinés à écouter les disques vinyls regorge d’objets qui sont un bonheur pour les yeux. Sean Riley est un parfait inconnu pour moi. Je sais juste qu’il est un musicien qui a enregistré son tout premier album en 2007 « Farewell », un album aux sonorités de blues, de pop et de folk californienne, qu’il partage avec ses musiciens The Slowriders. Il vient de Coimbra au Portugal, où son groupe a une certaine notoriété puisqu’il a représenté le Portugal en 2010 au festival Eurosonic.

Planté au milieu de la petite scène et entouré d’objets hétéroclites, Sean Riley, jean troué, chemise ouverte et mèche blonde nonchalante a déjà commencé son set. Il joue dans la plus pure tradition des chansons Folk avec sa guitare acoustique et une voix qui ne laisse pas indifférent. Planté sur scène, il joue fort comme s’il voulait être certain que l’on reçoit ses émotions qui transfigurent son visage, ses yeux mi-clos sur un répertoire matîné de musique américaine, à la fois country pour animer la soirée et ne pas se laisser aller aux ballades mélancoliques Folk qu’il nous fait partager avec sincérité. Personnellement je suis touché par son authenticité, et cet enthousiasme semble également partgaé autour de moi. D’ailleurs, il termine son set en demandant ce que nous voudrions entendre entre une chanson mélancolique ou énergique. Assez pleuré ce soir, c’est l’energie qui l’emporte, et on sent bien que Sean Riley veut marquer nos esprits. Il triture sa guitare dans tous les sens, de façon nerveuse, sa voix part dans les aigus et à la fin on a l’impression d’avoir fait une cavale sonore avec lui. Bien joué, Mr Riley, on  ne vous oubliera pas de sitôt !

Page Facebook : SeanRileyTheSlowriders

Page Youtube : Sean Riley & the Slowriders

 

Après avoir été fort secoué par la prestation de Sean Riley, je ne sais pas encore que je serai secoué par celle à venir. A quelques mètres de là, je rejoins la salle des Trois Baudets pour écouter Pitou. Pitou, qui est une jeune femme originaire d’ Amsterdam, a une particularité vocale qui vous saisis à la première écoute. c’est une voix très cristalline, et adaptée sur-mesure à ses compositions comme un vêtement. Elle utilise sa voix et les harmonies vocales quasiment comme un instrument, puisant son inspiration aussi bien dans les chœurs bulgares que dans les musiques de Joni Mitchell ou Sparklehorse. Elle a publié un premier EP en 2017 (Label Mink records – distribution PIAS) qui a été accueilli de manière élogieuse par la critique. Son second EP est sorti cette année. Selon Pitou elle décrit sa dernière production comme « plus sombre que le premier, car je trouve que la vie est plutôt sombre ; et comme je dois trouver un contrepoids à tout cela, l’humour est un formidable antidote ».

Pitou aux Trois Baudets
Pitou aux Trois Baudets – Copyright Astrid Souvray. Tous droits réservés

Je dois dire qu’en m’asseyant dans la salle je ne m’attendais pas du tout à être autant subjuguée par son organe vocal d’une délicatesse et d’une force incroyables et ses compositions pop aux accents folk, qui vous transperce dès la premier note. Elle utilise avec ses choristes les ombres et les lumières comme si elle disséquait la nature profonde de l’être humain entre doute et vérité. Sa voix est littéralement saisissante de beauté, sa voix cristalline vous émeut et vous retourne de l’intérieur. L’émotion est quasi palpable et j’ai du mal à me détacher de la scène ou elle se tient toute droite juste accompagnée de sa guitare acoustique, de ses trois choristes en arrière, d’un clavier et d’un batteur. Elle est d’ailleurs ovationné par le public présent qui n’en demandait pas tant. En tout cas pour moi, le premier vrai coup de coeur pour cette artiste appelée à un grand devenir.

Site Officiel : http://www.pitoumusic.com/

Je rejoins à grandes enjambées le Bus Palladium pour assister à la dernière prestation de la soire : Naya. Naya se caractérise par son très jeune âge (18 ans) et sa participation à un télé-crochet musical (finaliste en 2014 de The Voice Kids), elle n’en a pas moins du talent, puisque c’est avec son premier EP « Blossom » qu’elle assurera les premières parties de Jain et de Brigitte et fera la tournée de festivals prestigieux (Printemps de Bourges, Francofolies de la Rochelle, We Love Green, Garorock, Glastonburry…). Auteur-compositeur-interprète, Naya a maintenant à son actif un premier album « Ruby », très bien accueilli par la critique (Les Inrocks voit en elle le futur de la pop française. Rien que ça !) et surtout une personnalité artistique déjà très affirmée.

Naya au Bus Palladium

Naya au Bus Palladium – Copyright Astrid Souvray Tous droits réservés.

 

Plantée sur la scène du Paladium avec ses macarons de princesse Leïa avec une guitare électrique trop grande pour elle, elle n’en dégage pas moins d’energie, apparaît très sure d’elle et de ces mélodies électro-pop qui égayent ce lieu emblématique de la nuit parisienne. Ces compositions s’écoutent avec facilité, sont assez dansantes pour capter l’attention du public et démontre surtout qu’elle a très envie de suivre les pas de ses collègues, que ce soit Pomme ou Jain. Naya fera certainement le bonheur de jeunes filles en fleur et de jeunes garçons en mal d’icône féminine, mais à mes oreilles, rien de bien transcendant. Cela me permet de finir ma soirée sur une note plutôt joyeuse et girly à souhait. Bien sur, Petite Naya devient grande et en attendant, il vaut mieux que son projet prenne un peu plus d’épaisseur pour en aimer la saveur.

Page Facebook et Youtube.

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