Une issue de Samuel Cajal

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Avec ses faux-airs de Dominique A (dont il assume l’influence bienveillante en même temps que le crâne glabre), Samuel Cajal n’est pas forcément celui que vous croyez. S’il a beaucoup écrit, produit, accompagné et accompagne encore différents artistes (K!, Jérémie Kiefer, Albane Aubry, Zissis the Beast ou plus récemment Andoni Iturioz), il s’est affirmé pendant plus de 10 ans comme le guitariste de haut-vol, binôme-compositeur-choriste polyvalent du groupe éponyme 3 Minutes sur Mer. Des années pendant lesquelles, il a emmené avec Guilhem Valayé la barque du groupe vers des rives discographiques (Des espoirs de Singes, L’Endroit d’où l’on vient – label HYP) d’une chanson francophone nourrie au rock indé anglo-saxon.

Arrivé à quai au Printemps 2017, les membres du groupe auréolés de concerts aux Folies Bergères et au Bataclan (en ouverture de Zazie) décide pourtant de prendre le large, de parcourir des chemins différents et surtout de s’approprier le temps jamais pris pour eux-mêmes dans l’aventure d’un premier album solo. D’un point de vue de la latitude et de la longitude artistique, Samuel Cajal fait un gigantesque saut dans le vide mais sûrement pas kamikaze musicalement parlant, bien au contraire. C’est même devenu, au cours des concerts parisiens qu’il n’a jamais cessé d’enchaîner, une exigence personnelle, une nécessité vitale pour ce musicien devenu père de famille quelques mois plus tard. Le temps de se poser les bonnes questions, de choisir le bon chemin qui s’avèrent presque aussi importants que de savoir d’où l’on part.

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Comme il le dit lui-même, il était temps d’expulser ses heures, ses mois de création. « Cela faisait quelques années que des chansons plus ou moins abouties s’agglutinaient dans mon ordinateur. Au fil du temps, certaines d’entre elles ont commencé à mener leur propre existence. Parallèlement aux différents groupes dans lesquels ma guitare sévissait, ces chansons étaient piégées, entre les recoins de ma tête et les RAM de mon disque dur. »

« C’est le problème quand on crée des choses sans aller au bout, la chose existe mais engoncée, alors elle te ronge. Moi, j’aime pas qu’on me ronge, surtout de l’intérieur, alors j’ai fait un disque. »

A l’opposé de sa posture de guitariste solitaire, Samuel Cajal éprouve le besoin impérieux d’être entouré de sa « famille » de musique, d’amis, de frangins de chansons. Il a pu compter pendant cette année et demie de production et d’enregistrement de son futur album, tout d’abord, sur ses comparses les frères Guidou (Johan à la réalisation et Pierrick aux visuels) et Matthieu Lesenechal (aux instruments, du clairon aux synthès vaudous, comme il le précise sur Microcultures), et enfin sur la participation fraternelle d’Hildebrandt, et des chanteuses K et Nellyla.

Cette équipe resserrée lui a permis d’abandonner avec confiance, ces chansons gardées si longtemps pour qu’elles prennent vie au grand jour. Il a associé son public fidèle, ses amis, ceux et celles qui apprécient son jeu de guitares vertigineux, sa retenue légendaire pour n’aller qu’à l’essentiel, sur le site du label Microcultures, pour le financement participatif des visuels, de la communication et le pressage dans les meilleures qualité et conditions possibles.

Mi-Avril, une fois le financement bouclé haut la main, en avant-première planétaire, Samuel Cajal a livré un premier simple « Fou Dehors » (à écouter sur la page de Microcultures) ainsi que le titre en version live « Coeur Noir ».

L’album s’appelle « Une Issue« , il est composé de 11 titres et sera disponible à l’automne prochain (en format numérique en avant première pour ceux qui ont participé sur Microcultures). Pourquoi « Une Issue » ? Samuel Cajal réponds finement que son disque « parle des rongeurs, du surmenage et de la misanthropie collective qu’on appelle « l’individualisme »…. Ce disque parle des cotisations sociales malmenées, de silences bafoués, d’amour étouffé et de sodomie consentie. »

« Ce disque parle des vivants, d’un deuil apaisé et d’une issue possible. »

A l’écoute, « Une Issue », s’avère moins simpliste que laisserait croire la veine intime minimaliste dans laquelle l’album s’engouffre à prime abord. Comme la facilité de définir uniquement l’album comme celui de l’ex-guitariste de 3 Minutes sur Mer.

Samuel Cajal fait preuve dans ce premier album non seulement d’une identité vocale propre, et à ce titre se révèle comme un véritable interprète, mais il est également dépositaire d’un univers musical aussi bien francophone qu’anglo-saxon marqué et très influencé par des artistes comme Radiohead, Bashung ou Troy Von Bathaltzar. La comparaison s’arrête là. Cet opus intimiste reprend à son compte des idées sur la société dans laquelle il évolue, des sentiments sur ceux qui les vivent ou les subissent et éreinte ce système injuste. Samuel Cajal tente et réussit à nous embarquer dans ses histoires personnelles qu’il transmue en compositions dépouillées largement saturées d’électricité. Entre les gouttes, il nous gratifie aussi d’ éclaircies musicales joyeuses et lumineuses. Samuel Cajal est un chanteur éloquent qui développe des diatribes qui cognent, au travers d’une écriture habile et sobre. Il porte des coups sonores où explose parfois une rage indicible d’une impossible résignation sur un vernis de diplomatie poétique.

Il distribue à la volée ses circonvolutions guitaristiques prenantes, lancinantes, avec des refrains assassins, des intermèdes musicaux d’art et d’essai, des revendications à peine voilées d’une société sectaire qui convertit l’homme en consommateur vertueux et consentant de minimas sociaux. Il décrit ce temps de cerveau disponible qui comble ses besoins par des contrevérités mensongères. Les arrangements sont travaillés au millimètre près dans une superbe texture électrique et synthétique au cordeau. Chaque chanson est le produit d’un ressenti vertigineux, rageur voire toxique, sur une voix douce, linéaire, presque apaisée qui pourtant tranche aussi bien que le couteau sur la feuille.

« Ce disque libère sa tête, en même temps qu’il repose tout entier sur lui et sa Gibson rouge comme un chevalier des temps modernes qui s’offre un road trip à la fois viscéral et tonitruant. »

Pas de temps morts, ni d’attentes inutiles même sur les intermèdes instrumentaux, tout en clair-obscurs. « Une Issue » agit comme un révélateur incandescent, sur des plaies humaines à froid. D’abord celle de l’individualisme en introduction de l’album sur le titre « Tu Mords » sur des haut-parleurs sonores ambulanciers qui se hissent comme un single en puissance. Cet individualisme est exacerbé dans la chanson « Fou dehors« , qui décrit l’homme comme un enfant sans utopie qui ne se reconnait pas dans le monde actuel et qui imagine des refuges salutaires. On se laisse berçer par la magie de jolis riffs de guitare tout en profondeur. Tout comme « Think« , qui déploie une large plage de claviers et de synthés poétiques, transformée en une version instrumentale codée trafiqués, allumée par une bande originale d’un film cinématographique d’art et d’essai.

Samuel Cajal s’offre aussi des road trip d’amour échevelés, dans une tonalité très Minutes sur Mer, dans le titre « Lache Prise » qui s’écoule goutte à goutte vers un voyage insondable de sentiments éclairants. Version Bashung dans le titre « Plus de place pour le silence« , et vocalement très Gaêtan Roussel. Samuel Cajal scande tel un tribun politique, son discours sur ce temps de cerveau indisponible, avec des riffs enjoués très pop, façon Noir Désir.

Il prend aussi le temps de mêler avec délicatesse ses cordes vocales avec celles d’autres artistes. D’abord, avec Wilfried Hildebrandt sur la chanson « Coeur Noir » qui va droit au but, sans retenir la colère implacable qui le nourrit pour échapper à la fatalité. Les rythmiques sont comme autant de battements de coeur qui évoque le renoncement, là où sa guitare s’affirme impertinente, claquante et impérieuse. Une sorte de Nuit debout version sonore, où se situe le coeur même de l’album. De renoncements personnels à un laissez aller politique général, il n’y a qu’un pas franchi allègrement sur la chanson douce-amère « Indigné », que Samuel Cajal partage avec Nellyla. Une révolte enfantine bercée par une guitare acoustique, en douceur, pour réconforter l’enfant en nous peureux et impuissant. On finit secoué par cet « Assassin » qui libère des rythmes vaudous, des sons distordus dans cet intermède musical qui reprend les dialogues du film « Le juge et l’assassin » avec Philippe Noiret et Michel Galabru.

Ce disque sait aussi parler au coeur de l’homme qui évoque avec pudeur et retenue, le crépuscule de l’âge, le deuil d’un père. « Décibels » tente de taire la douleur lancinante avec un pansement temporel/aire, comme la vague des synthés qui afflue et reflue sans cesse, dans ce duo inattendu avec K!. L’album est aussi pétri de mélodies lumineuses et acidulées comme un bonbon, comme le moment simili câlin et amoureux vache du titre « Langoureusement ». Son acoustique singulière appelle joliment les choeurs sur le refrain. Une de mes favorites de l’album. Et si finalement la vérité de l’album se trouvait dans la dernière chanson « Une Issue« , dans laquelle Samuel Cajal se réconcilie avec l’être humain, l’être aimé. Il lui faut exprimer, sa vision du monde, ce 1% de la planète d’amour supportable face au 99% de contradictions difficiles à rassembler, comme une sorte d’ascenseur émotionnel qui ne s’arrête jamais.

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Pour un premier album, Samuel Cajal emprunte plusieurs routes entre lucidité et amertume, sans se départir du feu intérieur incandescent qui l’anime et l’aide à supporter les batailles universelles du quotidien. « Une issue » est l’expression sonore d’un diagnostic intime de la planète, de ses systèmes politiques qui bafouent l’humanité sans pour autant apporter un remède autre qu’un refuge solitaire ou à 2. Il égrène une liste des défauts que les humains ont le tort d’accepter pour se résigner, avec à quelques exceptions près des échappatoires que procure l’amour et la résistance individuelle. C’est surtout le royaume de la guitare, compagne fidèle, qui sonne de l’acoustique vers l’électrique et vice et versa, rattrapée par des synthés et des effets de pédale bien sentis. Ce sont également des arrangements précieux, qui tirent les textes vers le haut et un disque diablement bien produit par Johan Guidou. Ces incroyables amplitudes musicales sortent avec succès des sentiers battus, avec des textes qui interrogent bien au-delà de leur simplicité première et enfin des mélodies imparables qui prendront le temps de s’installer doucement mais surement dans votre tête. Samuel Cajal a enfin trouvé la formule magique, ce chemin espèré et rêvé, l’endroit où il veut aller. Et nos oreilles ne se privent pas de l’accompagner.

L’album « Une Issue » est disponible le 19 octobre 2018 au format numérique et physique.

Prochains concerts :
8 OCTOBRE – La Boule Noire (en 1ère partie de Goël)- Paris
20 OCTOBRE – O’Gib (co-plateau avec Pauline Drand) – Montreuil
10 NOVEMBRE – Café de la Paix (avec K) – Auvers sur Oise
16 FEVRIER – Café Plum (avec K et Kiefer) – Lautrec

Plus d’infos : FACEBOOK SITE OFFICIEL YOUTUBE

 

Crédit photos : Pierrick Guidou Visual Worker

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